13 mars 2005

Un peu de pop punk

J’étais probablement encore plein de marde quand j’ai oublié d’inclure les Descendents dans mon top 5 de 2004 (qui était provisoire parce que je suis habituellement trois ans en retard sur ce qui se fait). Disons que les vieux croûtons sont chanceux : les Descendents, un des seuls groupes punk des années 80 qui fait vraiment l’unanimité (du moins dans l’univers tel que je le conçois) a sorti un album et un EP. Sur leur EP ‘Merican, les Descendents ont fait ce que Green Day n’a pas vraiment réussi à faire sur American Idiot, soit s’engager politiquement, ou du moins se mouiller en pleine période trouble de l’histoire américaine. Les Descendents, comme des Chomsky en jeans et en t-shirt, ont exprimé en trois minutes ce qu’ils ressentent par rapport à leur pays et à l’antiaméricanisme du reste de la planète. Je pourrais très bien envisager l’idée d’aller boire une bière (ou un café, plus vraisemblablement) avec ces gars, et je pense qu’on pourrait parler. Là où les Descendents ont frappé en plein dans le mille, Green Day s’est embourbé dans un album concept brillant du point de vue musical, mais vaseux sur le plan des paroles, à part sur la pièce-titre et quelques autres morceaux qui font penser à du sous-Cometbus. J’ai l’impression qu’ils avaient une bonne idée, mais qu’ils se sont perdus en chemin, et à la fin d’American Idiot, je n’ai qu’un mot en tête : « hein? ». Autrement dit, je ne comprends rien à tout ça. Aaron Cometbus aurait pu donner un coup de main, ça n’aurait pas été du luxe.

Enfin, les Descendents, après leur EP, ont sorti un album, Cool To Be You (sur Fat Wreck), qui est presque aussi bon que leur dernier (Everything Sucks, en 1996) et meilleur que les derniers albums qu’ils ont faits sur SST dans les années 80. Bien sûr, on pourrait dire que les Descendents et All (pratiquement le même groupe) ont le même son et que leurs albums sont interchangeables, mais c’est la faute à Interscope! Je m’explique : quand Interscope a mis All dehors au milieu des années 90, ils ont, ces cons, payé un studio à All. All et les Descendents enregistrent maintenant tout chez eux, au Blasting Room, et on doit les comprendre. Faire autrement, ce serait comme aller pisser chez votre voisi quand vous avez une belle toilette propre chez vous.

Si vous connaissez les Descendents, vous savez que Milo pourrait chanter n’importe quoi et qu’on en redemanderait, et vous savez que le groupe derrière lui est une impitoyable machine. Vous savez tout ça. Ce que vous vous demandez peut-être, par contre, c’est si les chansons sont bonnes. Je suis heureux de dire que 12 des 14 morceaux de Cool To Be You sont de premier choix et que Stephen Egerton n’a rien écrit sur l’album (ça y est, je vais brûler en enfer). Curieusement, Bill Stevenson n’a écrit que trois morceaux sur l’album, mais quels morceaux : « One More Day » est l’une des meilleures chansons qu’il a écrites, touchante en plus. Je regrette seulement que le groupe ait décidé de ne pas faire de tournée pour l’album. Bah. Je ne le regrette pas tant que ça parce que 1), les concerts, c’est un emmerdement total, surtout quand le groupe que vous voulez voir est coincé entre deux (voire plus) groupes minables et 2) à un certain âge, les illusions se font de plus en plus rares et deviennent de plus en plus précieuses, et comme je n’ai jamais vu les Descendents, je préfère en rester là et m’imaginer les membres du groupe comme des nerds ados boutonneux qui ont bu 15 cafés, ce qui est exactement l’image qui me vient en tête quand j’écoute leurs albums, même ceux enregistrés en 2004.

Toujours dans le merveilleux monde du pop punk, Asian Man Records a entrepris quelque chose que je ne pensais pas voir et qui va m’obliger à casser mon ti-cochon : la réédition des albums Lookout de Screeching Weasel, en commençant par Boogada ce mois-ci (je pense qu’ils vont avoir la gentillesse de nous épargner le premier album éponyme), et les autres suivront à raison d’un album par mois jusqu’en juillet. Chaque album a été remasterisé, et la pochette de chaque disque a été enrichie de nouvelles photos et de notes de Jim Testa (www.jerseybeat.com) et de membres du groupe. Après Boogada, ce sera au tour de My Brain Hurts, un des meilleurs albums de tous les temps et, du coup, l’un des meilleurs albums pop punk, en compagnie de Milo Goes To College des Descendents. En fait, en ce qui concerne Screeching Weasel, la règle est simple : si c’est sorti sur Lookout, c’est bon (n’oubliez pas l’excellent album solo de Ben Weasel, qui rappelle le superbe Emo… ouais, j’ai bien aimé Emo… ça pose problème???). Les albums parus sur Panic Button et, surtout, sur Fat Wreck sont pas mal moins intéressants.

À l’époque de Boogada, Screeching était encore à mi-chemin entre le punk hardcore et le pop punk. Ce n’est pas l’album le plus abouti du groupe, mais qu’est-ce que l’aboutissement serait venu faire sur un disque popcore juvénile banlieusard??? Boogada est délicieux comme un burger bien juteux, malgré quelques morceaux plutôt faibles. Chaque fois que j’entends la guitare cheap au début de « Dingbat », j’en suis tout remué et je revis l’époque où moi non, plus, je n’avais rien à foutre du lendemain (comme le proclame le groupe sur son hymne « Hey Suburbia »). Boogada, c’est la trame sonore d’une promenade éthylique sans but au milieu d’une ville sans âme, c’est se casser un orteil en envoyant voler ses Chuck Taylor sur une poubelle en tôle, c’est un buzz de bière pas chère la veille d’un « examen important », c’est essayer misérablement d’expliquer son apolitisme à une consœur prête à croire tout ce qu’on lui raconte du moment que ça ne vient pas de vous, parce que vous êtes suspect. Boogada, c’est faire peur aux autres sans même essayer, simplement en se foutant de tout ce qui a la moindre importance et en se levant mal en point le samedi sans rien regretter. Ce n’est pas un album, mais une époque qui vient d’être rééditée.

Encore aujourd’hui, j’ai du mal à croire que cet album soit sorti en 1988, probablement LA pire année de l’histoire du punk rock et de la musique pop en général, même si c’est plutôt par la réédition de Lookout de 1992 que j’ai connu l’album, ce qui m’amène à me demander comment est-ce qu’un album sorti en 1988 peut en être à sa deuxième réédition et à son troisième label??? Crisse, les albums de Neil Young n’en sont même pas là encore! Ce qu’il faut retenir, c’est que Boogada était génial, mais que le meilleur était à venir.